Bail Rénov’ est un dispositif national que certains élus locaux connaissent encore mal, alors même qu’il a été pensé pour eux, ou plutôt pour venir en appui de leur action sur le terrain. C’est pour que les Yvelinois puissent plus et mieux se saisir des opportunités offertes par les ressources de ce dispositif que Laure-Reine GAPP, Directrice générale de Bail Rénov, a accepté de nous le présenter.
« Bail Rénov’ est une association loi 1901, créée en 2023. Elle est née d’une dynamique collective puisque pas moins de sept acteurs majeurs du logement et de la transition écologique se sont rassemblés pour répondre à un appel à programme Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) lancé en 2022 sur le thème de la lutte contre la précarité énergétique. Nous avons remporté cet appel, et c’est sur cette base que nous avons choisi de créer une structure dédiée pour porter le projet dans la durée. Les sept membres fondateurs de Bail Rénov’ sont l’ANIL(Agence Nationale pour l’Information sur le Logement) et son réseau des ADIL, la Fédération SOLIHA (Solidaires pour l’Habitat), le mouvement Habitat et Humanisme, l’UNPI (Union Nationale des Propriétaires Immobiliers), ainsi que trois acteurs privés : Énergies Demain, Sonergia et Casbâ Cette diversité est notre force puisqu’elle nous permet de réunir à la fois une expertise de la relation locative, une connaissance fine des territoires et des ménages, un savoir-faire technique et opérationnel sur la rénovation énergétique.
C’est cette complémentarité que nous avons proposée au ministère de la Transition écologique, qui l’a appréciée et validée, et qui nous permet aujourd’hui d’intervenir sur l’ensemble du territoire national, outre-mer compris. Notre mission, en une phrase, est simple à énoncer et plus complexe à mettre en œuvre : aller à la rencontre des propriétaires bailleurs du parc privé pour les inciter à rénover leur logement, améliorer le confort de leurs locataires et réduire les émissions de gaz à effet de serre, dans un contexte où le calendrier d’interdiction progressive de mise en location des logements les plus énergivores s’impose à tous. Après une phase de structuration fin 2023 et début 2024, le temps de créer nos outils et de constituer nos équipes, nous sommes aujourd’hui pleinement opérationnels depuis environ deux ans. Nous nous appuyons sur un réseau très structuré combinant l’expertise de professionnels salariés et l’engagement déterminé de bénévoles de terrain.
Concrètement, nous identifions et rencontrons les propriétaires bailleurs par deux canaux, qui ne s’excluent pas l’un l’autre. Le premier passe par des ateliers d’information organisés sur les territoires, en lien généralement avec les collectivités et souvent avec les espaces conseil France Rénov’. Ce sont des temps collectifs, pédagogiques, qui permettent de poser le cadre réglementaire et de répondre aux premières questions. Le second est plus individualisé puisque nous proposons aux propriétaires bailleurs une visite de leur logement loué, pour réaliser un premier diagnostic. Nous regardons l’état du logement, sans oublier de prendre aussi en compte la situation personnelle du propriétaire ; les freins à la rénovation n’étant pas en effet toujours d’ordre technique. Sur cette base, nous établissons un mini-diagnostic, qui n’a aucune valeur opposable mais qui donne au propriétaire des premiers éléments concrets, et éventuellement le rassure, pour s’engager dans son projet. Par ailleurs, nous disposons d’une plateforme téléphonique travaillant plus spécifiquement avec les propriétaires sous mandat de gestion. A cette fin, nous avons noué un partenariat avec un grand groupe de gestion locative qui nous confie (dans un cadre partenarial très précis) son fichier de propriétaires bailleurs de logements classés E, F et G.
Un logement passoire thermique concerne le propriétaire, qui doit engager les travaux, mais également bien entendu le locataire qui vit au quotidien avec l’inconfort et parfois les factures qui s’envolent. Nous avons donc construit un second volet d’action, plus récent, à destination des locataires. Nous accompagnons les ménages en difficulté, en précarité énergétique et parfois sociale, confrontés à des impayés d’énergie ou de loyer, pour les aider à mieux gérer leur facture énergétique. Nous les associons aussi, quand c’est pertinent, au projet de rénovation porté par leur propriétaire bailleur, en leur expliquant la démarche, leurs droits et leurs devoirs. Quand ils le souhaitent, nous pouvons créer un espace de dialogue entre le propriétaire et son locataire, deux parties prenantes qui n’ont pas toujours la même vision du calendrier ou de l’ampleur des travaux à mettre en œuvre. Nous ne jouons en l’occurrence aucun rôle juridique de médiation au sens strict, mais nous essayons de réunir les points de vue et de faire de la rénovation, un projet partagé.
Au niveau national, nous avons, à ce jour, permis le screening de 50 000 logements et conseillé 36 000 propriétaires bailleurs. L’écart entre ces deux chiffres s’explique par la présence, dans notre portefeuille, de nombreux multipropriétaires. Le volet « accompagnement des locataires » de notre dispositif s’étant déployé plus tardivement, nous avons à ce stade rencontré environ 4 000 d’entre eux. Dans les Yvelines, plus précisément, nous avons organisé quatre ateliers d’information collectifs et traité environ 540 logements classés F ou G. Il arrive aussi que nous rencontrions des propriétaires dont le logement ne dispose pas encore de diagnostic de performance énergétique ; ce qui est pour nous un signe intéressant puisque démontrant que le propriétaire est déjà sensibilisé à ces questions et souhaite savoir où il en est. Pour resituer ces chiffres dans leur contexte départemental, notre étude sur le parc de logements des Yvelines fait apparaître 42 000 logements vacants et 120 000 logements classés F ou G. Autant dire qu’il y a, sur ce territoire comme ailleurs, un travail de fond à mener, et que nous ne faisons qu’entamer le sujet.
Notre bilan de fin d’année 2025 nous a permis de dresser un profil des propriétaires bailleurs que nous avons rencontrés à l’échelle nationale. Il se trouve qu’environ un tiers d’entre eux sont propriétaires de plusieurs appartements situés dans un même immeuble ; ce qui facilite les choses puisque la question de la prise de décision en copropriété, souvent citée comme un frein majeur à la rénovation, ne se pose pas pour eux. Ce sont en général des profils d’investisseurs, qui disposent aussi d’une capacité à agir plus importante et qui ont une approche assumée de rentabilité locative, ce qui les incite d’autant plus à agir rapidement une fois informés. Un autre tiers concerne des propriétaires de maisons individuelles.
Sur un territoire aussi contrasté que les Yvelines, avec ses zones pavillonnaires et ses secteurs plus ruraux, je pense que ce profil est particulièrement représenté, et qu’il constitue un public à part entière pour nos actions locales. Une question m’est d’ailleurs souvent posée concernant la multiplicité des visages d’un territoire tel que le vôtre : Entre zones urbaines denses plus ou moins prospères, secteurs pavillonnaires et espaces ruraux, comment agir sans reproduire partout la même méthode ? La réponse tient dans le choix que nous avons fait dès l’origine, à savoir nous appuyer sur des acteurs qui connaissent déjà finement les territoires, à commencer par SOLIHA et les ADIL, dont le périmètre d’intervention est le plus souvent départemental.
Pour les accompagner, nous avons produit, en travaillant avec le service études de l’ANIL, des fiches départementales qui dressent une photographie de l’état du logement à l’échelle de chaque département, avec une grille de lecture le plus souvent à l’échelle intercommunale et des indicateurs sur l’état du bâti. Ces fiches sont mises à disposition de nos acteurs locaux, qui constituent ce que nous appelons les consortiums Bail Rénov’. Elles peuvent aussi, sous certaines conditions, être partagées avec les collectivités afin que nous puissions ensemble affiner notre stratégie d’intervention et cibler leurs secteurs prioritaires. Chaque consortium local adapte ensuite totalement notre méthodologie à ce qui existe déjà sur son territoire. Nous fournissons les outils et l’ingénierie ; le déploiement, lui, reste entièrement du sur-mesure, pensé en fonction des dispositifs déjà en place, des acteurs déjà mobilisés et des besoins spécifiques de chaque commune ou intercommunalité.
Je veux insister sur un point qui, dans le contexte des budgets locaux de plus en plus contraints, n’est pas négligeable : notre intervention est entièrement gratuite, aussi bien pour le propriétaire et le locataire bénéficiaires que pour la collectivité elle-même. Lorsque nous travaillons avec une commune ou une intercommunalité, cela se fait à coût nul, puisque notre action est financée par le dispositif des Certificats d’Économies d’Énergie. Il n’y a donc pas, de ce point de vue, de frein budgétaire à surmonter. Notre démarche vient en complément de ce que font déjà les collectivités, jamais en substitution ni en doublon. Nous constatons d’ailleurs que beaucoup de collectivités concentrent une part importante de leur action sur les propriétaires occupants, pour les orienter vers les aides de l’Anah et les dispositifs existants, et qu’elles ont plus rarement les moyens de mener une action ciblée en direction des propriétaires bailleurs.
C’est précisément là que nous nous positionnons : nous proposons à la collectivité locale une ingénierie et une capacité d’action supplémentaires auprès de ce public spécifique, sans rien lui coûter et sans créer de cadre contraignant. Ce fonctionnement est facilité par le fait que nos opérateurs travaillent déjà avec les collectivités au quotidien et siègent souvent dans les commissions logement ou amélioration de l’habitat au sein des préfectures. Nous ne rajoutons donc pas un acteur de plus dans un paysage déjà complexe mais nous apportons plutôt une offre de service supplémentaire portée par des acteurs que les collectivités connaissent déjà.
Fin 2025, nous comptabilisions, au niveau national, 450 partenariats avec des collectivités. Ces partenariats prennent des formes très diverses, allant d’un simple relais de communication à un prêt de salle, en passant par une co-animation d’ateliers ou encore un partage de fichiers, toujours dans le respect du RGPD. Chaque territoire choisit librement le degré d’implication qui lui convient. Nous travaillons également avec des acteurs qui ne sont pas des collectivités : des CAF, des agences immobilières via des réseaux comme la FNAIM, ou encore, ponctuellement, des CCAS, qui nous permettent d’élargir le public que nous touchons.
In fine, jusqu’où va notre diagnostic ? Nous identifions et nommons les désordres constatés dans le logement, mais nous ne formulons jamais de préconisations de travaux puisque ce n’est ni de notre ressort ni de notre compétence. En revanche, ce qui fonctionne très bien, et que nous constatons sur le terrain, c’est notre capacité à donner des repères concrets et à rassurer le propriétaire, à la fois sur la faisabilité technique de son projet et sur les acteurs vers lesquels se tourner. Nous le réorientons systématiquement vers le réseau France Rénov’ et vers des professionnels RGE, ce qui, dans un contexte où la fraude à la rénovation énergétique reste un vrai sujet de préoccupation, constitue une garantie supplémentaire pour lui. Notre étude d’impact, menée à la fois sous l’angle territorial et sous l’angle du parcours du propriétaire, montre que 80 % des propriétaires ayant bénéficié d’une visite de leur logement loué sont engagés dans une démarche concrète six mois plus tard : ils ont contacté un artisan, consulté un assistant à maîtrise d’ouvrage, ou pris contact avec leur banque.
Nous n’avons pas encore le recul nécessaire pour mesurer la réalisation effective des travaux, mais il reste que ce chiffre témoigne d’un vrai surcroit de motivation pour passer à l’action. Autre enseignement de cette étude : avant notre visite, 70 % des propriétaires estiment leur projet faisable techniquement ; après la visite, ils sont 90 % à le penser. Voilà qui confirme ce que nous observons sur le terrain : au-delà des freins financiers, liés au reste à charge, ou pratiques, comme la gestion du locataire pendant les travaux, il existe de nombreux freins psychologiques à la rénovation. Notre rôle est précisément d’intervenir en tout début de parcours pour contribuer à lever ces freins, à montrer au propriétaire que non seulement la rénovation est faisable mais encore qu’il y a lui-même intérêt.
Notre action a été pensée, à l’origine, dans le cadre de la loi Climat et Résilience, avec une entrée résolument environnementale. Mais avec le temps, nous mesurons combien elle a des effets qui dépassent ce seul cadre. En améliorant les conditions de confort des locataires, nous contribuons aussi à maintenir sur le marché locatif des logements de qualité et souvent dans des territoires tendus, ce qui impacte directement l’attractivité résidentielle et économique des communes. Se joue enfin une dimension humaine et sociale forte, celle de la santé et du confort du locataire au quotidien ; une question qui a pris un relief particulier avec les épisodes de canicule que traversons et qui posent de façon aigue la question de l’habitabilité des logements en période de forte chaleur et de la nécessaire adaptation du bâti au changement climatique. En tant qu’association indépendante mais pleinement au service de la politique publique, notre rôle est aussi d’être un relais de ces messages d’intérêt général auprès des propriétaires bailleurs. Nos intervenants de terrain contextualisent systématiquement ces préconisations à la faisabilité réelle du logement, et rappellent toujours un principe simple : le premier geste reste l’isolation, sans laquelle l’efficacité d’une pompe à chaleur, aussi performante soit-elle, demeure limitée.
Cette double pression, celle des économies d’énergie et celle de la dégradation des conditions climatiques, ne peut, à mon sens, que renforcer l’ampleur de ce chantier dans les années qui viennent. C’est aussi pour cette raison que nous nous positionnons comme une véritable boîte à outils à la disposition des acteurs locaux, et en premier lieu des collectivités, qui agissent sur les questions de logement et d’amélioration de l’habitat. Je crois que cette action rejoint, très concrètement, les engagements de nombreux élus quand il était question d’amélioration de l’habitat et de lutte contre la précarité, sous toutes ses formes. Le logement reste, avant toute chose, un besoin primaire. Et lorsque l’on peut agir sur ce besoin sans peser sur le budget communal, cela devient un levier formidable d’action.
Si vous souhaitez vous emparer de ce dispositif, la démarche est simple. Vous pouvez nous solliciter pour organiser un atelier d’information à destination de vos administrés, en co-animation avec nos équipes ou en délégation complète, toujours à coût nul. Vous pouvez également nous demander de mettre en place, sur votre territoire, un service de visites de logements pour les propriétaires bailleurs.
Nous sommes présents partout en France, c’est l’un des grands avantages de nous appuyer sur des réseaux nationaux mobilisés localement.
Pour nous contacter, vous pouvez vous rapprocher directement du consortium Bail Rénov de votre département, ou passer par notre site internet, qui propose plusieurs entrées selon votre profil : propriétaire, locataire, administrateur de biens, ou collectivité. Un formulaire de prise de contact permet ensuite à notre équipe nationale de router votre demande vers l’acteur local compétent. N’hésitez pas à nous solliciter. Sur un département aussi contrasté que les Yvelines, entre zones urbaines denses, secteurs pavillonnaires et espaces plus ruraux, il y a, je crois, matière à construire ensemble une stratégie d’intervention adaptée à chaque commune et pour le bien de tous. Pour le mieux vivre au quotidien et pour un avenir plus serein, pour aujourd’hui et pour demain. »
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